Francophonie

Texte : Gérard Henry

L’âge d’or de Saint-Germain-des-Prés

C’est une photo parue à la « une » du Samedi-soir du 3 mai 1947 qui lança Saint-Germain-des-Prés et fit découvrir à Paris et au monde l’existence des « rats de cave » et du Be-Bop : un garçon tout ébouriffé et une jeune fille en pantalon, les cheveux emmêlés à une toile d’araignée, posaient, dépenaillés, une bougie à la main, devant un escalier de béton menant aux caves du Tabou. La légende disait : « Toute une jeunesse aime, dort et rêve de Bikini dans les caves de Saint-Germain-des-Prés (Bikini étant l’atoll du Pacifique où avaient lieu les essais nucléaires américains) ». Une autre citation plus surréaliste annonçait en haut de la photo : « Je voudrais renaître en catastrophe de chemin de fer ».
Ces « rats de cave » étaient la nouvelle tribu troglodyte qui allait rendre les nuits de Saint-Germain-des-Prés célèbres. Toute une jeunesse qui faisait une fête endiablée la nuit dans les caves et ne voyait guère la lumière du jour. Et le couple de la photo allait devenir célèbre : l’acteur Roger Vadim et la chanteuse Juliette Gréco.

Il y avait le Saint-Germain-des-Prés de la nuit et celui du jour, celui notamment des écrivains, les surréalistes mais surtout les existentialistes tels que Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir ou Albert Camus qui siégeaient aux cafés, le Lipp, le Flore ou les Deux Magots et qui feront la légende du quartier devenu avant et pendant la guerre le quartier littéraire de Paris. On y croisait au Flore Prévert et sa bande, mais aussi Raymond Queneau, Georges Bataille, Antonin Artaud, Roger Gilbert-Lecomte et tous les gens du Grand Jeu, des poètes comme Desnos et Eluard et d’autres artistes, le sculpteur Giacometti, le peintre Picasso, des chanteurs comme Mouloudji et Henri Salvador.

A cette époque Saint-Germain vivait de jour et il n’y avait rien à y faire le soir. C’est après la guerre que sa vie nocturne a démarré avec toute une jeune génération avide de vivre et de plaisirs après ces années de guerre. Une jeunesse qui admire l’Amérique et qui emprunte aux libérateurs le tabac blond, l’alcool, les tenues décontractées et surtout le jazz. La réputation de Sartre est déjà faite et l’existentialisme érigé en mythe. Le quartier attire les adolescents, jeunes intellectuels encore en herbe, et les apprentis comédiens.

L’une des figures les plus emblématiques en est justement ce Boris Vian qui cumule les fonctions de poète, de musicien de jazz, et d’écrivain ; son double, Vernon Sullivan, choquera les bourgeois avec un roman explosif, J’irai cracher sur vos tombes. On le trouve, avec l’Etre et le néant de Sartre dans la poche de cette jeunesse intrépide.

Ils vivent la nuit, ce sont les « existentialistes pauvres » comme les dénomme le Samedi-soir dans son article particulièrement ironique et satirique mais qui saisit cependant sur le vif la vie de ces jeunes noctambules :
« L’un des principaux soucis des existentialistes pauvres est en effet le logement. En général, les existentialistes emploient pour dormir le moyen suivant ; après être resté un mois dans un hôtel, l’existentialiste déclare, quand la note lui est présentée, qu’il ne paiera pas. Le patron répond qu’il saisira les bagages. L’existentialiste remonte alors quatre à quatre dans sa chambre et redescend après avoir revêtu les uns sur les autres le plus grand nombre de chemises et de pantalons. Au bout d’un certain nombre de mois – et d’hôtels — l’existentialiste ne possède plus qu’un pantalon. Alors, il ne dort plus. »

Après minuit, les existentialistes se réfugient au Tabou. « Le Tabou est le véritable sanctuaire de la nouvelle génération. Sa cave est un des endroits les plus malsains : un pain d’un kilo qui sort du four, laissé à midi sur une table, est, à six heures du matin réduit à l’état de bouillie moisie. Aux environs de deux heures du matin, c’est une bouche de l’enfer. La taverne est si enfumée qu’on dirait qu’une locomotive vient de traverser et d’y laisser sa vapeur. Certaines nuits, les existentialistes qu’on n’aperçoit plus qu’à travers un brouillard, se lancent en hurlant dans des boogie-woogies forcenés. Mais le plus souvent, complètement prostrés, ils restent assis, en regardant leur verre d’eau tiède. Alors on est frappé de voir leurs jeunes visages si pâles, leurs regards fanés, le découragement de chacun de leurs gestes. La plupart n’ont pas mangé. »

Le journal donne même leur code vestimentaire : pour les garçons, chevelure en broussaille, chemise ouverte jusqu’au nombril, chaussettes à raies horizontales de couleurs vives, pour les filles, chevelures tombant droit sur la poitrine, quelques souris blanches dans les poches du pantalon, usage du fard rigoureusement interdit. C’est un style nature, presque unisexe lancé par Juliette Gréco et repris plus tard par Audrey Hepburn en ballerines, pantalons fuseaux et larges pulls en jersey noir. Cette vague existentialiste sera courte et mourra en 1948.

Autre révolution, celle du jazz, descendu de Montmartre à Saint-Germain-des-Prés qui sera le champ de bataille d’une nouvelle guerre commencée aux États Unis, celle des partisans du vieux style Nouvelle-Orléans remis en vogue par Sidney Bechet et de ce qu’on appellera le Be-bop, inventé par Charlie Parker, Dizzy Gillepsie et Thelonious Monk s’inspirant des découvertes de la musique contemporaine.

Ce Be-bop devient une danse, d’ailleurs plus inspirée par les rythmes de la Nouvelle-Orléans que ce jazz moderne. L’on s’y trémousse à qui mieux micux et il deviendra l’ancêtre de toutes les danses modernes. On se lance dans les grandes fêtes, « La Nuit de Chicago », « La Nuit de l’Innocence », l’élection
de « Miss Vice » au Tabou, on se déshabille, on se travestit. Saint-Germain-des-Prés vit sa période folle. Après cet Âge d’or, ce sera le déclin, comme si Saint-Germain avait explosé. Paris tout entier se mettra à la mode des caves. Ses célèbres cafés rentreront doucement dans les légendes de l’histoire. Et le quartier deviendra le haut lieu touristique des « existentialistes » de toute la planète.

國際法語節

撰文:敖樹克

聖日爾曼區的黃金歲月

一九四七年五月三日,因為一幀刊登在《星期六晚》晚報頭版上的照片而令聖日爾曼揚名於世,更讓巴黎及世界各地的人發現〝地下酒吧老鼠〞和Be-bop音樂的存在。照片上是一名頭髮蓬亂的青年男子與一名穿長褲,頭髮如蜘蛛網般凌亂的少女,他們衣杉襤褸,手持蠟燭站在通往塔布地下酒吧的的石級前。照片的說明文字是這樣:〝年輕一代的人都喜歡在聖日爾曼的塔布地下酒吧內睡覺和夢想著比基尼環礁(比基尼是位於太平洋上的一座環礁,美國人在那裡進行核彈試爆)〞。而照片上方是另一則更超現實的引述:〝我希望由鐵路緊急重生〞。

這些〝地下酒吧老鼠〞可說是穴居新一族,是因為他們緣固讓聖日爾曼的夜生活名傳海外。極多年青人晚上在地下酒吧內通宵狂歡,過著不見天日的生活。而照片中的一對男女後來更成為名人:他們就是演員Roger Vadim及女歌手Juliette Gréco。

聖日爾曼有夜生活的地方當然也有日間活動的場所,特別是作家、超現實主義者,尤其是存在主義者如沙特、西蒙.迪波娃或卡繆等,他們喜在力普啤酒館、花神咖啡館或雙叟咖啡館相聚,這些咖啡館已成為該區的傳奇,更是大戰前及大戰期間巴黎文學界集中地。在花神咖啡館內除了時常碰到裴列維爾和他的那一伙人外,也經常見到格諾、巴蒂伊、阿爾托、吉爾貝-勒孔特,還有詩人德斯諾斯和艾呂雅,以及其他藝術家如雕塑家賈柯甘梅蒂、畫家畢加索、歌唱家梅路迪及沙華多等人。

當時,聖日爾曼只是日間熱鬧,晚上並沒有甚麼活動的。到了戰後,因為年青一代的人在經歷了幾年戰爭歲月後只想盡情玩樂才令該區的夜生活蓬勃起來。這一代的年輕人極崇拜美國,他們引入了美國人的香煙、烈酒,還有便服以及爵士樂。當時,沙特的名氣已是人所共知,而存在主義更有如神話般被高舉。聖日爾曼區因此吸引了無數少年人、未來的文學才俊,以及正在學藝的演藝工作者。

其中一位最具代表性的正好就是鮑里斯.維昂,他身兼數職,包括詩人、爵士樂手及作家,而他化名維儂.蘇里旺所作的小說《我要在你們的墳上啐唾沫》更震驚了整個資產階級。他的這本著作與沙特的《存在與虛無》廣受這一群大膽無畏的年青所熱愛。

他們在晚上才活動,是〝窮困的存在主義者〞,晚報中的文章就是這樣稱呼這批夜間尋樂的年青人,文章雖然極具嘲諷意味但卻真實地描繪了他們的生活:
〝窮困的存在主義者們最擔憂的其中一件事就是居住問題。一般來說,存在主義者解決睡覺的問題是採取以下的辦法:在旅店住一個月後,當接到付房租的帳單時便會宣佈他是不會付款的。店主回答說要扣押他們的行李。存在主義者便會列隊回到他們的房間,把衫褲一件套一件的盡量穿在身上後才離開。幾個月後——和多家旅館後——存在主義者只剩下一條褲子。那時,他便不再睡覺。〞

午夜後,存在主義者都躲到塔布去。〝塔布名副其實是新一代的避難所。這地下酒吧是巴黎最不衛生的地方之一:一公里長的麵包中午出爐後放在檯上,到晨早六時已變成發霉的糊狀。大約到了凌晨兩點鐘左右,地窖變成了地獄的入口。酒吧內煙霧迷漫,就像火車頭剛剛走過留下了大量的蒸氣。某些晚上,在煙霧中會隱約看到的這些存在主義者們隨著爵士舞曲狂熱地大叫。但大多數的時候,他們都是沮喪地坐著不動,垂首看著面前溫吞吞的開水。每當看見他們慘白的臉容、暗淡的目光,還有每個都顯得意志消沉的動作時總教人感到傷心。他們大部份都沒有東西吃。〞

晚報更提供了他們衣著的特定格式:男孩子都是亂蓬蓬的頭髮,襯衣打開至肚臍,顏色鮮艷的直條紋襪子;女孩子則長髮及胸,褲袋中必定有幾隻白老鼠,並絕對禁止採用任何化裝品。這種自然,幾乎單性的風格是由Juliette Gréco率先帶起,不久之後因柯德莉夏萍以一身輕便鞋、緊身褲和黑色鬆身套頭毛衣出現而再度興起。這種存在主義潮流的壽命十分短暫,於一九四八年便告消聲匿跡。

另一場革命是來自蒙馬特區的爵士樂革命,聖日爾曼成為了這場始於美國的新戰爭之戰場。這是一場由兩派不同之爵士樂擁護者所引發的戰爭,一方是擁護因Sidney Bechet而再度流行起來的新奧爾良傳統爵士樂,另一方則擁護由Charlie Parker、Dizzy Gillepsie及Thelonious Monk等人從現代音樂中獲取靈感後所創的Be-bop爵士樂。

這Be-bop演變成一種新的舞蹈形式,不過,其旋律其實受新奧爾良爵士樂的影響更甚於摩登爵士樂。它還成為了所有現代舞的始祖。這種舞蹈更促使了〝芝加哥之夜〞、〝純潔之夜〞,還有塔布〝墮落小姐〞選舉等脫衣、男扮女裝的瘋狂大型節目的出現。這是聖日爾曼的瘋狂歲月。隨著這段黃金時期過後便是衰落的日子,看來聖日爾曼已經粉碎了。地下酒吧在全個巴黎流行起來。該區的那些著名咖啡館逐漸成為歷史傳奇。而聖日爾曼亦成為了世上〝存在主義信徒〞必遊的地方。